20 mai 2006

Ton nom...

C'est le titre d'un poème que j'ai écrit en décembre 1993 et que j'ai retrouvé aujourd'hui en faisant du ménage dans mes papiers. Je prenais alors un cours en écriture à la Faculté Saint-Jean d'Edmonton. Le voici:

Ton nom….

C'est drôle que
quand on me demande d’où je viens,
ton nom,
tout de suite, se porte à mes lèvres.

Pourtant je t’ai quittée depuis longtemps.

Tu as une place chère dans mon cœur
car tu m’as vu grandir.

Je me rappelle bien des souvenirs de toi.
Comme cette fois où
des soldats étaient venus te visiter.
C’était pendant la guerre.
J’avais quatre ans.
Je ne savais trop quoi penser.
J’avais eu peur.

Je me rappelle aussi de ce matin de mai
où je t’ai vraiment vue pour la première fois.
Un copain m’avait emmené visiter le collège.
Il me tenait par la main.
C’est là que je t’ai admirée,
que je t’ai découverte.

J’ai appris plus tard
que beaucoup de gens
t’avaient admirée aussi.
Il y avait des gens importants.
D’autres moins.

Il avait un peintre célèbre.
Il y avait aussi un poète.
Il y avait un grand Premier Ministre canadien.
Il y avait aussi sa maîtresse,
la femme du petit avocat.

Je me souviens aussi
que les gens venaient admirer ta croix.
Qu’elle était belle cette croix.
Toute illuminée.
La nuit.

Si j’aime mon pays,
c’est un peu à cause de toi.
Si je suis qui je suis,
c’est aussi un peu à cause de toi.

Je suis fier de toi.

Mais je suis triste.

Moi j’ai toujours le nom sous lequel
tu m’as connu.
Mais toi on vient de te le voler!
Il n’existe plus.

D’où est-ce que je vais dire
d’où je viens maintenant?

O Arthabaska! ,
« Là où poussent les roseaux » ,

que ton nom était beau!

Jean-Claude Giguère
Edmonton, Alberta
Décembre 1993

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