20 mai 2006

Un beau jour de juillet

Voici un autre texte que j'avais écrit le même mois que j'ai écrit « Ton nom...»:


Un beau jour de juillet

J’avais douze ans. Ce matin là je m’étais levé assez tôt et, je me souviens que peu après mon petit-déjeuner je m’étais mis à la tâche et que j’avais commencé à scier en deux les croûtes de bois qu’on nous avait livré la veille dans la cour arrière de la maison. Je ne sais pas si papa me l’avait demandé mais j’avais branché le banc de scie électrique et, fier de moi, j’avais commencé ce travail qui de toute façon devait être fait.

Nous avions une fournaise à bois et chaque été papa commandait assez de bois de chauffage pour nourrir la fournaise pendant tout l’hiver. Il en fallait beaucoup car notre maison avait trois étages et malgré que nous installions tous les automnes les fenêtres doubles et que nous les calfeutrions pour empêcher l’air d’entrer par les craques cela n’empêchait pas le froid de pénétrer à travers les murs.

Il fallait aussi nourrir la cuisinière à bois dans la cuisine. Avec toute la nourriture que maman devait préparer chaque jour pour nourrir toute la marmaille que nous étions et aussi pour faire bouillir l’eau pour le lavage il en fallait du bois!

C’était le travail des plus jeunes de rentrer par la fenêtre du hangar rattaché à la maison ou, comme on disait, par la fenêtre de « la shed » , ce bois normalement coupé et fendu que papa achetait de fermiers de la région ou parfois de mon oncle Émile qui habitait à environ trente kilomètres de chez-nous. Il fallait non seulement le rentrer, il fallait le corder aussi. Jusqu’au plafond!

Papa achetait aussi deux ou trois voyages de retailles de bois franc à la manufacture de meubles où il travaillait. Les retailles nous servaient à démarrer le feu dans la cuisinière à bois ou dans la fournaise avec de vieux journaux que l’on gardait dans ce but dans la « boîte à bois » près de la porte du sous-sol.

J’aimais jouer avec ce bois car il avait toutes sortes de formes intéressantes et on pouvait s’en servir pour bâtir des choses ou seulement pour en faire des piles. Des hautes et des petites. C’était du beau bois. De l’érable, bien sûr, car nous habitions dans le pays de l’érable. Il y avait aussi du chêne et je ne sais quoi encore. C’était plaisant.

Le bois qu’on nous avait livré la veille n’était pas ce beau bois de la manufacture. C’était du bois pour la fournaise. C’était en fait des croûtes de bois et elles étaient trop longues pour que l’on puisse les mettre directement au feu sans les couper en deux. C’est ce que j’avais décidé de faire ce beau matin de juillet.

Comme d’habitude maman vaquait à ses tâches journalières autour de la maison et de temps à autre, je peux la voir, elle jetait un coup d’œil par la fenêtre de la cuisine et regardait ce que je faisais. La tâche que j’avais entreprise allait rondement. Je me souviens que rapidement mon tas de croûtes de quatre pieds se transformait en tas de croûtes de deux pieds. Un de chaque côté du banc de scie. Ce n’était pas un travail de précision que je faisais. Il fallait cependant faire attention aux nœuds dans le bois. J’essayais aussi de couper chaque croûte en deux longueurs à peu près égales. Il fallait les corder après les avoir coupées. Jusqu’au plafo

Je me souviens qu’une fois coupées je les lançais sur le tas de gauche ou sur le tas de droite. Je faisais cela un peu machinalement. Peut-être que je n’y portais pas assez attention car après avoir lancé une croûte coupée sur le tas de droite j’ai dû faire un faux mouvement sans m’en apercevoir et ma main droite s’est trouvée trop près de la scie ronde. À vrai dire je ne me souviens pas de ce que j’ai dû faire exactement. Tout ce que je sais c’est que soudainement j’ai senti que quelque chose était arrivé à ma main. Ça ne me faisait pas mal mais d’instinct je l’ai regardée et j’ai vu que je m’étais coupé deux doigts.Je n’avais pas mal mais je me suis mis à crier. Maman qui était toujours dans la cuisine es vite accourue. Elle pensait que j’allais mourir tant que mes cris étaient déchirants. Elle prit ma main et vit ce qui m’était arrivé. Elle m’emmena dans la maison, m’appliqua un tourniquet pour arrêter le sang de couler et appela vite le médecin.

C’était un beau matin de juillet……..

Décembre 1993



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